La chape flottante est une couche de mortier posée non pas directement sur le support, mais sur une sous-couche isolante qui la désolidarise à la fois du sol et des parois verticales. Cette technique, encadrée par le NF DTU 26.2, répond à plusieurs exigences à la fois : améliorer l'isolation thermique et acoustique du plancher, garantir la planéité nécessaire à la pose d'un revêtement, et enrober les tubes d'un plancher chauffant à eau. Épaisseur minimale, classement des isolants, étapes de mise en œuvre, temps de séchage : voici ce qu'il faut savoir avant de se lancer.
Chape flottante : définition et principe de désolidarisation
La chape flottante repose sur une sous-couche isolante qui l'isole mécaniquement du support porteur, dalle béton, dallage ou plancher, et de toutes les parois verticales adjacentes. Contrairement à la chape adhérente, coulée directement sur le support après préparation, ou à la chape désolidarisée, séparée du support par un simple film polyane, la chape flottante intègre une sous-couche isolante classée SC1 ou SC2 selon la norme NF P 61-203. C'est cette sous-couche qui lui confère ses performances thermiques et acoustiques. Le NF DTU 26.2 constitue le document normatif de référence pour sa mise en œuvre, à l'exception des chapes fluides à base de ciment ou d'anhydrite, qui relèvent d'avis techniques CSTB spécifiques.
Chape flottante ou chape sèche : quelle différence ?
Ces deux techniques partagent le principe de désolidarisation du support, mais leur composition et leur mise en œuvre divergent totalement. La chape flottante dite humide est un mortier coulé sur l'isolant, armé d'un treillis soudé, qui nécessite plusieurs semaines de séchage avant la pose du revêtement. La chape sèche, à l'inverse, est composée de panneaux préfabriqués, plâtre fibré, panneaux ciment ou OSB, posés sur un lit d'isolant sans aucune eau. Elle présente l'avantage d'une mise en service immédiate, d'un poids réduit (20 à 30 kg/m² hors revêtement), et d'une compatibilité avec les planchers chauffants basse température dans certaines configurations. En rénovation ou en construction bois, c'est souvent la solution retenue lorsque la hauteur disponible ou les délais de chantier sont contraints.
Quelle épaisseur minimale pour une chape flottante ? (DTU 26.2)
L'épaisseur d'une chape flottante n'est pas libre : elle est fixée par le NF DTU 26.2 en fonction de la classe de compressibilité de l'isolant utilisé. Ces valeurs s'appliquent aux locaux à faibles sollicitations, habitations, bureaux, salles de classe, qui représentent la grande majorité des chantiers résidentiels.
Ces épaisseurs varient selon la classe de compressibilité de l'isolant :
- Isolant SC1 : épaisseur nominale minimale de 5 cm (jamais moins de 4 cm localement) ; treillis soudé obligatoire en dessous de 6 cm ;
- Isolant SC2 : épaisseur nominale minimale de 6 cm (jamais moins de 4,5 cm localement) ; treillis soudé systématiquement obligatoire ;
- Plancher chauffant à eau (NF DTU 65.14) : enrobage minimal au-dessus des tubes de 35 mm sur SC1 et 40 mm sur SC2, pour une épaisseur totale de chape généralement comprise entre 6 et 8 cm.
Isolant SC1 ou SC2 : comment choisir ?
Le classement SC traduit la compressibilité de l'isolant sous charge. Un isolant SC1 supporte des charges d'exploitation jusqu'à 500 kg/m² (locaux résidentiels et tertiaires) ou 200 kg/m² pour la sous-classe b, tout en permettant des chapes moins épaisses. Un isolant SC2 est réservé aux chapes et dalles flottantes uniquement, la pose directe de carrelage scellé lui est interdite. La mention Ch sur la fiche produit garantit la compatibilité avec un plancher chauffant. En cas de superposition de deux sous-couches, la somme de leurs indices numériques ne doit pas dépasser 4, et le complexe obtenu est automatiquement traité comme SC2.
Mise en œuvre d'une chape flottante : les étapes à respecter
La réalisation d'une chape flottante suit une séquence précise que le NF DTU 26.2 encadre étape par étape. Chaque phase conditionne la tenue de la suivante.
Préparation du support
Le support doit présenter une planéité maximale de 7 mm sous une règle de 2 m. Au-delà, un ravoirage préalable en mortier maigre ou sable stabilisé est nécessaire pour niveler la surface et noyer les éventuelles gaines. Un film polyéthylène est ensuite disposé sur toute la surface : il empêche la laitance de s'infiltrer dans la sous-couche isolante et doit être remonté sur la bande périphérique, plié soigneusement aux angles et fixé par bandes adhésives.
Pose de la bande périphérique et de l'isolant
Avant tout, une bande compressible est posée sur l'ensemble du pourtour, murs, cloisons, pieds d'huisserie, émergences, avec une épaisseur minimale de 3 mm en usage standard, et de 5 mm en présence d'un plancher chauffant. Les panneaux isolants sont ensuite disposés sur toute la surface en respectant les prescriptions du fabricant : joints décalés d'une couche sur l'autre en cas de pose en deux épaisseurs, dimensions maximales de panneaux SC1 limitées à 1 500 mm dans la plus grande dimension.
Coulage, réglage et joints de fractionnement
Le treillis soudé (mailles maximales 100 × 100 mm, masse minimale 325 g/m²) est mis en place avant le coulage. Le mortier est ensuite tiré à la règle entre guides, puis vérifié à la règle de 2 m : la tolérance de planéité finie est de 3 mm sous règle de 2 m et 2 mm sous réglet de 20 cm. Les joints de fractionnement absorbent le retrait du ciment lors du séchage et préviennent la fissuration. Le NF DTU 26.2 impose leur réalisation tous les 40 m² maximum, avec une longueur de joint limitée à 8 m, ainsi qu'à chaque seuil de porte et aux changements de géométrie. Leur épaisseur minimale est de 5 mm sur toute la hauteur de la chape.
Chape flottante et plancher chauffant : ce qu'il faut savoir
La pose d'un plancher chauffant à eau basse température implique obligatoirement une chape flottante selon le NF DTU 65.14. Le choix du type de chape influe directement sur les performances thermiques du système. La chape fluide anhydrite présente une conductivité thermique de 2,2 W/m.K minimum, une mise en chauffe rapide (environ 2 heures), et permet de réaliser jusqu'à 300 m² sans joint de fractionnement. La chape fluide ciment sèche en 14 jours, reste compatible avec les zones humides et les planchers chauffants électriques, mais réclame des joints plus fréquents (80 m² maximum sur plancher chauffant). La chape traditionnelle, bien qu'admise, offre une conductivité plus faible et un temps de séchage nettement plus long. Pour les chantiers où les délais sont serrés ou la hauteur sous plafond limitée, les systèmes de plancher chauffant sec constituent une alternative à part entière : sans eau, sans séchage, avec une mise en service immédiate.
Quel temps de séchage pour une chape flottante ?
Le séchage d'une chape flottante traditionnelle suit la même règle progressive que celle détaillée pour le temps de séchage de la chape liquide : plus l'épaisseur augmente, plus le délai nécessaire par centimètre s'allonge. Pour une chape de 6 cm, il faut ainsi compter plusieurs semaines avant la pose du revêtement. Le taux d'humidité résiduelle doit dans tous les cas être vérifié par mesure au carbure (CM) avant toute pose de revêtement, un sol encore humide sous parquet ou carrelage restant la première cause de décollements.
Sources
- NF DTU 26.2 : Chapes et dalles à base de liants hydrauliques (fiche CSTB)
- NF DTU 65.14 : Exécution des planchers chauffants à eau chaude
- Synthèse technique du DTU 26.2 : chapes-info.fr